Premier institut de recherche agronomique de Côte d’Ivoire, le CNRA dispose théoriquement de plus de 27 000 hectares répartis sur l’ensemble du territoire, selon ses responsables. Ces terres accueillent des stations expérimentales, des banques de gènes et des vergers destinés à l’amélioration variétale du cacao, du café, du palmier à huile, de l’hévéa et des cultures vivrières.
Mais une grande partie de ce patrimoine ne bénéficie pas de titres fonciers définitifs. À Adiopodoumé, Songon, Dabou ou dans la zone d’Abouabou, des centaines d’hectares de plantations expérimentales sont progressivement « grignotés » par des lotissements résidentiels, industriels ou des occupations anarchiques, parfois appuyés par des Arrêtés de Concession Définitive (ACD) ou des attestations villageoises contestées, dénoncent des responsables du centre et des articles de presse.
« La délivrance d’attestations villageoises sans valeur juridique favorise des occupations irrégulières sur les terres du CNRA », a affirmé en avril 2026 le ministre de l’Agriculture, Bruno Nabagné Koné, lors d’une visite à la direction générale du centre, à Yopougon-Adiopodoumé.
Ces conflits ont des conséquences directes sur les activités de recherche. À Songon-Abadjin-Doumé, un litige oppose depuis plus d’une décennie le CNRA à des acquéreurs de terrains et à des chefs de villages qui contestent la propriété des terres jouxtant la direction générale et le laboratoire de biotechnologie. Une ordonnance du Conseil d’État, rendue le 3 juillet 2020, a suspendu les travaux d’exploitation sur une partie du site, justifiant la présence de la gendarmerie pour éviter les affrontements, selon des documents cités par la presse locale.
Des chercheurs décrivent des parcelles arrachées, des vergers détruits et des essais interrompus par des occupations, compromettant des années de travail scientifique. Pour un centre de recherche agronomique, la terre est un laboratoire à ciel ouvert : la continuité dans le temps et dans l’espace est indispensable pour les essais variétaux, les suivis phénologiques et les tests de résistance aux maladies.
La question dépasse le cadre institutionnel. Les variétés améliorées mises au point par le CNRA sont destinées à augmenter les rendements, à renforcer la résilience face au changement climatique et à améliorer les revenus des producteurs. Si les terres d’expérimentation disparaissent ou sont instables, c’est toute la chaîne de l’innovation agricole qui est fragilisée.
Récemment, le gouvernement a annoncé la création de l’Institut du Café et du Cacao (I2C), qui sera implanté sur le site de la station de recherche du CNRA à Divo, abritant des banques de gènes et des parcelles expérimentales matures. Comment garantir la pérennité d’un tel institut si le foncier qui le supporte reste contesté ?
Les Journées foncières d’Abidjan, qui se tiennent du 5 au 7 octobre au Parc des Expositions de Port-Bouët, interviennent dans un contexte national tendu. Entre janvier et septembre 2026, la Côte d’Ivoire a enregistré 4 396 conflits fonciers, dont certains ont dégénéré en affrontements meurtriers, selon le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Diomandé Vagondo.
Au lendemain d’un Forum national sur le foncier et la cohésion sociale, tenu à Yamoussoukro du 24 au 26 septembre, les JFA sont censées contribuer à une gouvernance foncière « plus inclusive, moderne et sécurisée ». Pour le CNRA, les attentes sont précises : sécurisation juridique accélérée des sites stratégiques, clarification du statut des terres de recherche dans les documents d’urbanisme, mécanismes de médiation spécifiques et lutte contre les attestations abusives.
La crédibilité scientifique du CNRA, et au-delà celle de la politique agricole ivoirienne, passe par la protection durable de son outil foncier. Les Journées foncières d’Abidjan offriront-elles les réponses nécessaires ?
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Nous attendons que le cnra dégage de nos terrains acquis légalement et avec acd et permis de construire a l'appui