Pourtant, derrière cette offensive visible, une question demeure : où sont les véritables bailleurs de fonds ? Ceux qui financent les équipements lourds, organisent l’approvisionnement des sites et rachètent l’or extrait restent, pour l’essentiel, absents des dossiers judiciaires.
Des saisies, mais peu de commanditaires
Les communiqués officiels égrènent chaque semaine des saisies spectaculaires : matériel artisanal confisqué, groupes électrogènes neutralisés, installations de traitement du minerai démantelées. Mais les personnes appréhendées sont le plus souvent des manœuvres, des chercheurs d’or ou des intermédiaires de proximité.
Or, l’achat d’un concasseur, d’une motopompe industrielle ou d’un groupe électrogène, de même que l’aménagement de sites de stockage, suppose des capitaux considérables. Ces moyens dépassent largement les capacités d’un ouvrier payé à la journée. La chaîne de l’orpaillage illégal repose donc sur un financement en amont, que la répression actuelle peine encore à atteindre.
Des circuits conçus pour brouiller les pistes
Les financiers opèrent rarement à découvert. L’argent destiné à l’acquisition du matériel et à l’installation des campements circule fréquemment par des canaux informels, des transferts hors du système bancaire ou par l’intermédiaire de prête-noms.
Sur le terrain, les ouvriers connaissent souvent seulement un chef de chantier ou un recruteur. Lors des interrogatoires, ils sont incapables — ou refusent, par peur de représailles — de désigner les véritables commanditaires. Cette organisation cloisonnée protège les investisseurs et fragilise les enquêtes.
L’enquête financière, maillon faible de la riposte
Neutraliser un site relève de l’opération de terrain. Identifier celui qui l’a financé exige une autre méthode : suivi des flux d’argent, traçabilité des transactions mobiles, contrôle des importations de mercure et de cyanure, surveillance des réseaux d’achat d’or et coopération avec les structures de renseignement financier.
Sans exploitation systématique des documents saisis, des registres d’achat et des communications entre intermédiaires, le lien juridique entre la mine clandestine et son capital reste difficile à établir. Tant que cette étape n’est pas renforcée, les saisies de matériel souvent remplaçable ne suffisent pas à rendre l’activité non rentable.
Un nouveau cadre pénal sous surveillance
Le projet de loi adopté en Conseil des ministres le 23 septembre 2026 entend précisément combler cette faille. Il prévoit des peines alourdies et cumulatives pour l’orpaillage illégal, ainsi que de nouvelles incriminations autonomes visant les commanditaires, les receleurs, les financiers et les propriétaires de sites complices. Lorsque l’auteur est un agent public, la peine peut atteindre vingt ans d’emprisonnement.
Ce texte constitue un tournant potentiel. Il ne suffira toutefois pas d’inscrire le financement dans le Code pénal : encore faudra-t-il que les enquêtes aboutissent à des poursuites effectives contre les négociants, les comptoirs clandestins et les parrains financiers.
Déplacer le front vers l’argent
La bataille contre l’orpaillage clandestin ne se gagnera pas uniquement dans les zones d’extraction. Elle se jouera aussi dans les circuits financiers, les réseaux logistiques et les lieux d’achat de l’or.
Tant que la riposte se limitera à détruire du matériel et à interpeller des bras interchangeables, l’économie clandestine conservera ses commanditaires. Pour inverser la tendance, l’État devra faire des financiers et non plus seulement des manœuvres la cible prioritaire de sa politique de tolérance zéro.
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